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Faire comme les poissons…

 Ce qu’enseignent les poissons en ce mois d’avril 

L’organisation spontanée et synchronisée nécessaire au rebond 

Nous sommes confinés ! Nous l’annoncerions brusquement à un ami revenu d’un long séjour méditatif en ermitage, coupé du monde, il croirait à un poisson d’avril… 

Et pourtant notre société est à l’arrêt. Un organisme microscopique est parvenu à stopper la course folle de notre économie, de nos élans consuméristes et de notre penchant à chercher le bonheur à l’extérieur. Nous sommes reclus à l’intérieur, au sens propre et figuré, au sein de nos demeures, nous sommes invités à l’introspection. 

On peut se demander si ce confinement imposé n’est pas le fruit d’un acte manqué. 96% des travailleurs en France se déclarent désengagés au travail. Ils déplorent l’absence de sens que l’on donne à leur mission, ils interrogent la course folle à la rentabilité et à la productivité, ils grognent contre un management brutal et rechignent à effectuer les tâches qu’ils estiment parfois inutiles et chronophages. 

La société est épuisée parce qu’elle dénonce l’absurdité désespérée de s’être privée des moyens d’agir. Nous avons sombré dans le fatalisme fonctionnel en observant de manière impuissante le cortège des guerres, des désastres environnementaux et sanitaires. Aussi, on peut se demander si dans son inconscient collectif l’humanité n’a pas espéré une pause salutaire, un temps de respiration et de réflexion nécessaire pour remettre l’ordre des priorités à l’envers. Citons à cet instant Carl Gustav JUNG « les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie ». 

Et voilà que la société à l’arrêt, jusqu’alors désengagée, se remobilise, réclame un autre chemin pour défendre la vie et son équilibre… Même dans le confinement, on ne compte plus les initiatives solidaires, les gestes d’altruisme, qu’ils soient impulsés par les gouvernements, les individus et même les grandes enseignes jusque-là absorbées à maximiser leurs propres intérêts ! Tous veulent pouvoir dire demain qu’ils ont oeuvré collectivement à bâtir ce monde appelé par les générations futures. L’addition de nos manquements commence à être trop salée et plus personne ne veut se risquer à assumer la note. 

Enfin le monde alité, se réveille et manifeste la volonté de sortir de sa spirale infernale. Mais le passage d’une dynamique vicieuse à une dynamique vertueuse ne se fera pas sans une mobilisation durable, 

sans un éveil des consciences. Les plus désespérés d’entre nous rétorqueront qu’il y a trop de boulot pour apporter à l’humanité le supplément d’âme dont elle a besoin pour reprendre les choses en mains, se donner une direction cohérente et agir de manière solidaire et synchronisée. 

Pourtant, le challenge n’est pas impossible et il ne devrait pas insulter notre intelligence. Preuve en est, le défi est relevé par l’un des êtres vivants le plus décortiqué : le poisson… Dans son excellente conférence Poissons quantiques, le physicien Julien BOBROFF laisse à penser que les facteurs de notre résilience ne sont scientifiquement parlant pas si difficile à rassembler. Il nous rappelle que ces poissons capables d’émerveiller les plongeurs par leurs mouvements collectifs ne disposent pas du quart de nos facultés intellectuelles. Pourtant, comme les nuées d’étourneaux dans le ciel, ils sont capables de se coordonner dans la spontanéité sans aucun jeu dominant dominé. Comment parviennent-ils à une telle cohésion, une telle synchronisation harmonieuse alors qu’ils n’ont pas de chef d’orchestre ni de partition ? Selon les physiciens statisticiens, en présence d’un attracteur, les poissons obéissent simplement à trois principes pour former un banc : 

1. Ils sont attirés par les autres 

2. Ils aiment l’alignement 

3. Ils refusent de se heurter 

Lorsque ces trois paramètres sont rassemblés et qu’on livre un attracteur (comme la nourriture ou un courant), les poissons s’auto-organisent et se régulent pour former ensemble des mouvements. Le plus impressionnant est celui de la spirale. Le vortex d’énergie que crée leur rotation, les aspire un peu plus les uns vers les autres dans la cohésion et la synchronisation spontanée. Leur oeuvre, similaire à une onde magnétique, finit par les rassembler. 

Ce que peut faire le poisson, l’Homme l’a fait et peut le recréer. Les volutes des bancs de poissons montrent que le tout et ses parties peuvent procéder dans une danse harmonieuse. Mais rien de possible sans un attracteur puissant (un projet appelé par le futur, une raison d’être qui fédère) qui donne l’impulsion de départ sur laquelle s’aligner. Les confinés attendent de leurs gouvernements qu’ils se donnent l’ambition de réconcilier l’économique et le vivant, qu’ils proposent un vrai projet de développement durable. Mais il ne suffira pas de redonner de grandes orientations politiques aux institutions et aux organisations qui conduisent les opérations sur le terrain. Certes les agents ont besoin d’un cap, et d’une vraie mission pour avancer d’eux même. Mais pour qu’ils avancent, il faudra les débarrasser des entraves de la soumission (parfois librement consentie) à des règles et procédures perverties … Il faudra les libérer du carcan bureaucratique, parfois despotique, qui entrave leur fonctionnement et les empêche d’honorer le sens de leur mission. Donner la bonne direction sans permettre aux institutions d’avancer serait perverse. Il faut redonner à nos institutions l’humanité, l’agilité et le pouvoir d’agir pour conduire une politique cohérente. Il faut libérer nos organisations pour qu’elles puissent agir rapidement et de manière synchronisée. Les bancs de poissons ne dansent pas dans les filets. 

Gageons qu’à ces conditions, une grande partie de la population désormais remobilisée dans l’idée de se rapprocher des autres, s’aligne en intention, se lie dans la bienveillance pour oeuvrer à l’intérêt collectif et veiller au bien commun… Donnons-nous ce cap, structurons notre façon d’agir pour y parvenir. Organisons-nous comme ces poissons qui, avec une grande agilité, sans jamais se heurter, s’agencent spontanément dans la coopération pour générer une spirale voluptueuse ; un mouvement autorégulé assimilable au cercle vertueux que nous appelons de nos voeux.… 

Espérons que cet espoir nouveau, qui relevait hier encore de l’utopie, ne soit pas un poisson d’avril. 

Sylvain BISTAGNE et Guillaume CALLONNEC, dirigeants d’INTELLEXI, 

Société spécialisée dans le conseil RH et la conduite du changement 

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